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La règle d’or de Milton Friedman : comment la politique monétaire façonne l’économie

Économiste senior étudiant des rapports de politique monétaire dans un bureau académique en bois, illustrant la règle d'or de Milton Friedman
5 minutes

Quand les prix augmentent dans les rayons du supermarché, la cause se trouve parfois dans une décision prise des mois plus tôt par une banque centrale. Milton Friedman a passé sa carrière à démontrer ce lien entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau des prix. Sa proposition centrale tient en une phrase : la masse monétaire doit croître à un rythme stable et prévisible, calé sur la croissance réelle de l’économie.

Masse monétaire et inflation : le mécanisme que Friedman a mis en lumière

Vous avez déjà remarqué que certaines périodes de hausse des prix semblent surgir sans raison apparente ? Pour Friedman, l’explication est presque toujours monétaire. Si la banque centrale injecte plus de monnaie que l’économie ne produit de biens et de services, les prix finissent par grimper.

Ce raisonnement s’appuie sur la théorie quantitative de la monnaie. En version simplifiée : quand la quantité de billets et de dépôts bancaires augmente plus vite que la production, chaque unité monétaire perd de sa valeur. Le résultat visible, c’est l’inflation.

Friedman a consolidé cette idée dans l’ouvrage qu’il a coécrit avec Anna Schwartz, A Monetary History of the United States, 1867-1960. Leur travail a montré que les grandes crises américaines, y compris la Grande Dépression, étaient liées à des erreurs de gestion de la masse monétaire par la Réserve fédérale. En comprenant la règle d’or de Milton Friedman, on saisit pourquoi il plaidait pour retirer aux banquiers centraux toute marge d’improvisation.

L’inflation est toujours un phénomène monétaire : cette formule, devenue célèbre, résume la conviction qui a valu à Friedman le prix Nobel d’économie.

Analyste financière sur un trading floor moderne expliquant des graphiques de politique monétaire et de taux d'intérêt

Règle d’or de la politique monétaire : un taux de croissance fixe plutôt qu’un pilotage au cas par cas

La proposition concrète de Friedman porte un nom : la règle des k pour cent. L’idée est de fixer à l’avance le rythme annuel d’augmentation de la masse monétaire, sans l’ajuster selon la conjoncture. Si l’économie croît en moyenne de quelques pour cent par an, la monnaie doit suivre ce rythme, pas plus.

Pourquoi refuser les ajustements ? Parce que la politique monétaire agit avec des délais longs et imprévisibles. Friedman a montré que lorsqu’une banque centrale décide de baisser ou de relever ses taux, l’effet sur les prix et l’emploi met des mois, parfois plus d’un an, à se manifester. Résultat : les interventions discrétionnaires arrivent souvent trop tard et amplifient les cycles au lieu de les lisser.

Règles contre discrétion : le coeur du débat

Le monétarisme friedmanien oppose deux visions de la banque centrale. D’un côté, le pilotage discrétionnaire, où les dirigeants ajustent les taux et la liquidité en fonction de leur lecture de la situation. De l’autre, une règle automatique qui supprime l’arbitraire.

Pour Friedman, la discrétion pose trois problèmes :

  • Les banquiers centraux ne disposent pas d’informations en temps réel sur l’état exact de l’économie, ce qui les pousse à réagir trop tard ou trop fort.
  • Les délais de transmission de la politique monétaire rendent les corrections de trajectoire hasardeuses, car l’effet d’une décision prise aujourd’hui se matérialise dans un contexte qui aura changé.
  • La tentation politique d’utiliser la planche à billets pour stimuler l’emploi à court terme finit par générer de l’inflation sans gain durable sur le chômage.

Ce dernier point rejoint une autre contribution de Friedman : le concept de taux de chômage naturel. Toute tentative de pousser le chômage durablement sous ce seuil par la création monétaire ne fait qu’alimenter la hausse des prix.

Limites concrètes de la règle d’or face à l’économie contemporaine

Si la logique est élégante, la mise en pratique s’est heurtée à des obstacles sérieux. Plusieurs banques centrales ont tenté de suivre des cibles de masse monétaire dans les années qui ont suivi la diffusion du monétarisme. Les résultats n’ont pas toujours été concluants.

Le lien entre masse monétaire et inflation varie selon les périodes. Il tend à être plus marqué dans les épisodes de forte inflation, mais devient moins régulier quand les prix sont stables. C’est l’une des raisons pour lesquelles la plupart des grandes banques centrales ont progressivement abandonné le ciblage strict des agrégats monétaires au profit du ciblage de l’inflation.

La création monétaire ne fonctionne pas comme un robinet

La Banque d’Angleterre a expliqué un point technique qui fragilise une lecture simplifiée de la règle d’or. Quand une banque commerciale accorde un prêt, elle crée simultanément un dépôt. Les réserves de la banque centrale ne déterminent pas mécaniquement le volume des prêts. Le crédit dépend des contraintes de financement, du capital de la banque et de la demande des emprunteurs.

Cela signifie que la banque centrale ne contrôle pas directement la quantité de monnaie en circulation par un simple multiplicateur stable, comme le supposait le modèle classique du monétarisme.

Étudiants en économie analysant des graphiques de masse monétaire et de politique macroéconomique dans une bibliothèque universitaire

Héritage de Friedman dans la politique monétaire actuelle

Le monétarisme pur a reculé depuis les années 1990, mais l’empreinte de Friedman reste visible. L’idée qu’une banque centrale doit fonctionner selon des règles transparentes, plutôt qu’au gré des intuitions de ses dirigeants, est devenue un principe largement partagé.

La Banque centrale européenne, lors de sa revue stratégique, a confirmé qu’elle tenait compte des agrégats monétaires dans son diagnostic, sans en faire l’unique boussole. Les agrégats monétaires éclairent le diagnostic sans fixer seuls la conduite des taux.

L’inflation post-pandémique a relancé le débat. Lorsque les banques centrales ont massivement injecté des liquidités pour soutenir l’économie, puis que les prix se sont envolés, la grille de lecture friedmanienne a retrouvé une audience. Le lien entre expansion monétaire rapide et poussée inflationniste semblait, cette fois, difficile à ignorer.

La règle d’or de la politique monétaire de Friedman n’est plus appliquée telle quelle par aucune grande banque centrale. Elle a néanmoins transformé la façon dont les économistes analysent l’inflation et la crédibilité des institutions monétaires. Toute banque centrale qui annonce une cible d’inflation et s’engage à la respecter dans la durée emprunte, qu’elle le revendique ou non, un bout du chemin tracé par le monétarisme de Chicago.

La règle d’or de Milton Friedman : comment la politique monétaire façonne l’économie